Nutrition Ironman : Que Manger Avant, Pendant et Après un 70.3 ou 140.6 ?
- 17 mai
- 11 min de lecture
C'est l'histoire que j'entends trop souvent après une course. Un athlète bien entraîné, bien préparé, qui s'effondre au kilomètre 25 du marathon. Les jambes vides. La tête qui tourne. Impossible d'avancer.
Ce n'est pas un problème d'entraînement. C'est un problème de nutrition.
"Je me souviens de mon athlète Romain qui s'est arrêté de s'alimenter en apport glucidique sur le marathon de de l'Ironman de Nice, il s'est effondré sur les derniers 21km de la course à devoir alterner marche et course car son réservoir énergétique était vide"
La nutrition Ironman est souvent appelée "le quatrième sport du triathlon" — et ce n'est pas une métaphore. Sur un 140.6, vous allez dépenser entre 7 000 et 10 000 kcal. Votre corps ne stocke que 1 500 à 2 000 kcal de glycogène musculaire disponible. Le calcul est simple : si vous ne vous ravitaillez pas correctement, vous allez exploser.
Dans cet article, je vous donne la stratégie nutritionnelle complète que j'utilise avec mes athlètes — de la semaine qui précède la course jusqu'à la récupération post-arrivée.
Vous trouverez également les réponses aux questions que je reçois le plus souvent, notamment sur les ratios glucides (2:1 et 1:0,8) et les apports en protéines et glucides à l'entraînement.
Comprendre les besoins énergétiques d'un Ironman
Les deux carburants de votre moteur
Votre corps utilise deux grandes sources d'énergie pendant l'effort :
Les glucides (glycogène) — Le carburant rapide. Stocké dans les muscles et le foie, il représente environ 1 500 à 2 000 kcal disponibles. Il est utilisé préférentiellement à haute intensité et s'épuise en 90 à 120 minutes d'effort soutenu sans apport externe.
Les lipides (graisses) — Le carburant de fond. Presque inépuisable (même un athlète très mince stocke des dizaines de milliers de kcal en graisses), mais utilisable uniquement à basse et moyenne intensité. La capacité de votre corps à oxyder les graisses augmente avec l'entraînement aérobie — c'est l'une des raisons pour lesquelles les longues sorties à basse intensité sont si importantes dans la préparation Ironman.
La clé d'un Ironman réussi sur le plan nutritionnel : préserver les réserves de glycogène le plus longtemps possible en allant chercher l'énergie des graisses, tout en apportant des glucides exogènes régulièrement pour éviter le mur.
Les dépenses énergétiques selon la distance
Distance | Durée moyenne (amateur) | Dépense kcal estimée |
Ironman 70.3 | 4h30 à 7h00 | 2 500 à 4 500 kcal |
Ironman 140.6 | 9h00 à 16h00 | 6 500 à 10 000 kcal |
Ces chiffres varient selon le poids corporel, l'allure, la chaleur et le profil du parcours.

Les apports nutritionnels à l'entraînement : protéines et glucides
Avant de parler race-day, parlons de ce que vous mangez pendant les mois de préparation. C'est là que se construisent les adaptations physiologiques qui feront la différence le jour J.
C'est le chiffre clé validé par l'International Society of Sports Nutrition (Position Stand, 2017) : 1,6g de protéines par kg de poids corporel par jour pour un athlète en entraînement intensif.
En pratique :
Athlète de 70 kg → 112g de protéines/jour
Athlète de 80 kg → 128g de protéines/jour
Athlète de 90 kg → 144g de protéines/jour
Pourquoi c'est crucial en prépa Ironman :
Réparation musculaire après les séances longues
Préservation de la masse musculaire sous gros volumes
Récupération accélérée entre deux entraînements
Renforcement des tendons et ligaments, clé pour éviter les blessures
Les meilleures sources :
Aliment | Protéines pour 100g |
Poulet / dinde | 30g |
Thon / saumon | 25g |
Œufs | 13g |
Fromage blanc 0% | 8g |
Lentilles | 9g |
Whey protéine | 80g |
⚠️ Erreur fréquente que j'observe : négliger la fenêtre post-séance. Les 20 à 30g de protéines dans les 30 minutes après l'entraînement sont critiques pour la récupération musculaire. Un shaker whey + banane, du fromage blanc + miel, ou 3 œufs + tartine, c'est simple et efficace.
Les glucides : la periodisation nutritionnelle
Contrairement aux protéines qui restent stables, les glucides s'adaptent à la charge du jour — c'est ce qu'on appelle la periodisation nutritionnelle.
Type de journée | Apport glucides recommandé | Exemple 70 kg |
Repos | 4 à 5g / kg / jour | 280 à 350g |
Entraînement léger (< 1h) | 5 à 6g / kg / jour | 350 à 420g |
Entraînement moyen (1h à 2h) | 6 à 8g / kg / jour | 420 à 560g |
Grosse charge / sortie longue (> 2h) | 8 à 10g / kg / jour | 560 à 700g |
La règle simple : plus la séance est longue et intense, plus vous mangez de glucides. Les jours de repos, vous réduisez. C'est aussi simple que ça — et pourtant la grande majorité des athlètes non encadrés mangent la même chose tous les jours.
" En pleine préparation Ironman 140.6, Ludovic, que j'accompagnais depuis 6 mois, tombait de plus en plus souvent malade. Ses performances diminuaient sans raison apparente, sans qu'il comprenne pourquoi. Jusqu'au jour où il m'a confié qu'il avait perdu beaucoup de poids et ne rentrait plus dans ses tenues... Il ne s'alimentait tout simplement pas assez. Nous avons donc revu ensemble sa stratégie nutritionnelle au quotidien, en l'aidant à augmenter progressivement ses apports caloriques et glucidiques selon la charge du jour "
La semaine avant l'Ironman : le carboloading
La semaine avant un Ironman est une semaine de surcharge glucidique progressive. L'objectif : maximiser les réserves de glycogène musculaire avant le départ.
Comment je l'organise avec mes athlètes :
J-7 à J-4 : Alimentation normale équilibrée. Volume d'entraînement réduit de 30 à 40 %.
J-3 à J-2 : Augmentation progressive des glucides à 60-65 % des calories totales. Pâtes, riz, pain, pommes de terre, quinoa. Réduction des fibres (légumineuses, choux, légumes crus) pour limiter les troubles digestifs le jour J.
J-1 : Repas léger le soir, riche en glucides facilement digestibles. Éviter les graisses en excès, les épices, les aliments inconnus. Hydratation optimale toute la journée.
⚠️ Point crucial : le carboloading ne fonctionne que si l'entraînement est réduit simultanément. Si vous continuez à vous entraîner fort, vous consumez les réserves au fur et à mesure.
Le matin de la course : le repas pré-compétition
Le repas du matin se prend 3 à 4 heures avant le départ pour laisser le temps à la digestion.
Composition recommandée :
150 à 200g de glucides facilement digestibles
Peu de graisses et de fibres
500 à 700 ml d'eau ou boisson isotonique légère
Exemples de repas pré-course éprouvés :
Riz blanc + banane + miel + thé
Flocons d'avoine + lait végétal + sirop d'agave + compote
Tartines pain blanc + confiture + banane + jus de fruits dilué
"Mon petit déjeuner d'avant course est mon petit dej du quotidien, 2 tranches de pain blanc + confiture, skyr + flocon d'avoine et banane avec de la St Yorre"
Nutrition pendant la course : les 3 disciplines
En natation : pas de ravitaillement possible
Sur la nage, impossible de s'alimenter. L'objectif est de partir bien hydraté. Sur un 70.3 (30 à 50 min de nage), ce n'est pas critique. Sur un 140.6 (jusqu'à 1h30), votre glycogène commence déjà à être entamé en sortant de l'eau, la priorité dès les premières minutes sur le vélo est de commencer à se ravitailler.
Sur le vélo : le pilier de votre stratégie nutritionnelle
Le vélo est la fenêtre nutritionnelle la plus importante d'un Ironman. C'est là que vous posez les bases de votre marathon.
Recommandations actuelles :
Nutriment | Quantité par heure |
Glucides | 60 à 90g/h |
Liquides | 500 à 750 ml (jusqu'à 1L par forte chaleur) |
Sodium | 400 à 800 mg/h |
Une prise toutes les 20 à 30 minutes — gel + eau, barre énergétique, ou boisson concentrée selon vos préférences.
Le ratio glucides : 2:1 vs 1:0,8, quelle différence ?
C'est une question que mes athlètes me posent souvent. Voici la différence concrète :
Ratio 2:1 (Glucose : Fructose)
2 parts de glucose pour 1 part de fructose
Absorption max : 60 à 90g de glucides/heure
Utilise 2 transporteurs intestinaux différents (SGLT1 et GLUT5)
Le standard actuel la majorité des gels du marché (SiS, Maurten, Isostar)
Pour qui : tous les athlètes, excellent point de départ
Ratio 1:0,8 (Glucose : Fructose)
Proportion de fructose légèrement plus élevée
Absorption max : jusqu'à 90-120g/heure
Meilleure tolérance digestive à hauts apports selon les travaux de Jeukendrup (2010-2022)
Utilisé notamment par Maurten
Pour qui : athlètes expérimentés qui s'entraînent à absorber de hautes doses
Mon conseil terrain : commencer par le 2:1 et ne passer au 1:0,8 que si vous tolérez bien 80-90g/h à l'entraînement. L'intestin s'entraîne, mais ça prend du temps et rien ne se découvre le jour de la course.

Sur le run : adapter selon les sensations
Après des heures d'effort, les intestins sont moins efficaces. Ce qui fonctionne bien sur le cap :
✅ Gels liquides ou semi-liquides
✅ Boissons isotoniques aux ravitaillements
✅ Cola en fin de course (caféine + glucides rapides avec parcimonie)
✅ Bouillons salés (très efficaces sur le marathon d'un 140.6)
❌ Barres énergétiques solides (digestion trop lente)
❌ Aliments gras ou riches en fibres
❌ Trop de gels en peu de temps (risque digestif)
Viser 40 à 60g de glucides par heure sur le run, avec une prise à chaque ravitaillement.
La récupération post-course : les 30 minutes qui font tout
La fenêtre des 30 à 45 minutes post-Ironman est critique, votre corps est au maximum de sa réceptivité pour resynthétiser le glycogène et réparer les muscles.
À consommer dans les 30 minutes :
Glucides : 1 à 1,2g par kg de poids corporel (75 kg = 75 à 90g)
Protéines : 20 à 30g
Liquides : réhydratation progressive
Exemples :
Shake de récupération (glucides + protéines)
Riz + poulet + compote
Yaourt grec + banane + miel + céréales
Les 7 erreurs nutritionnelles les plus fréquentes sur un Ironman
Fort de l'accompagnement de 83+ athlètes sur formats longue distance, voici les erreurs que je vois le plus souvent :
❌ Erreur 1 — Ne pas s'entraîner à manger pendant les séances L'intestin s'adapte à absorber les glucides en mouvement, mais ça demande de l'entraînement. Si vous mangez un gel pour la première fois le jour de la course, attendez-vous à des surprises digestives.
❌ Erreur 2 — Partir trop fort sur le vélo 10% trop fort sur les 30 premiers km du vélo = 30 à 45 minutes de perdues sur le marathon. C'est mathématique.
❌ Erreur 3 — Négliger le sodium La transpiration fait perdre du sodium. Une carence provoque des crampes, de la confusion, des nausées. Les boissons et compléments contenant du sodium sont non-négociables sur un Ironman.
❌ Erreur 4 — Boire de l'eau pure sans électrolytes Boire de l'eau pure en grande quantité dilue le sodium sanguin et aggrave l'hyponatrémie. La réhydratation doit toujours inclure des électrolytes, surtout par temps chaud.
❌ Erreur 5 — Changer sa nutrition le jour de la course Un nouvel aliment, une nouvelle marque de gel... Toujours s'en tenir à ce qui a été testé à l'entraînement. Sans exception.
❌ Erreur 6 — Manger trop, trop vite en T1 Avaler une grosse quantité de nourriture dès la sortie du vélo provoque souvent des troubles digestifs. Petites prises régulières dès les 20 premières minutes sur le vélo — pas une grosse prise après 1 heure.
❌ Erreur 7 — Ignorer la récupération post-course Beaucoup célèbrent l'arrivée sans rien avaler pendant des heures. Résultat : une récupération plus longue et douloureuse dans les jours suivants.

Comment je gère la nutrition dans mon coaching Ironman
Dès le début du suivi, je remets à chaque athlète un fichier nutrition qui comprend :
✅ Les apports cibles à l'entraînement selon le type de séance
✅ Le protocole de nutrition race-day heure par heure (quantités précises)
✅ Les recommandations en compléments alimentaires selon votre profil
✅ Les aliments à éviter et les associations à risque digestif
✅ La stratégie de carboloading la semaine avant la course
Ce fichier évolue au fil de la préparation selon vos retours sur les séances longues et les simulations.
Pour en savoir plus sur la méthode complète, lisez mon guide sur le coaching ironman et sur le plan d'entraînement ironman 70.3.
Vous avez un triathlon longue distance dans le viseur ?
Que vous prépariez votre premier Ironman ou que vous visiez un record, je vous propose de démarrer par un appel découverte gratuit de 30 minutes.
On regarde ensemble votre objectif, votre planning et votre niveau actuel. Je vous explique comment je construirais votre préparation. Et si vous souhaitez avancer, on démarre dans la semaine.
❓ FAQ — Nutrition Ironman
Combien de glucides faut-il consommer par heure sur un Ironman ?
Les recommandations actuelles préconisent entre 60 et 90g de glucides par heure pendant l'effort sur un Ironman. Avec des mélanges glucose/fructose en ratio 2:1, certains athlètes bien entraînés tolèrent jusqu'à 90-120g/h (ratio 1:0,8). La tolérance digestive s'entraîne progressivement sur les séances longues. Commencer à 60g/h et augmenter progressivement si bien toléré.
Quelle est la différence entre le ratio glucides 2:1 et 1:0,8 ?
Le ratio 2:1 (2 parts de glucose pour 1 part de fructose) permet d'absorber jusqu'à 90g de glucides par heure en utilisant deux transporteurs intestinaux différents. C'est le standard recommandé pour la plupart des athlètes. Le ratio 1:0,8 augmente légèrement la proportion de fructose et permet d'atteindre 90 à 120g/h avec une meilleure tolérance digestive selon les travaux de Jeukendrup. Il est réservé aux athlètes expérimentés qui s'entraînent à absorber de hautes doses de glucides à l'effort.
Combien de protéines par jour pour préparer un Ironman ?
La recommandation validée par l'International Society of Sports Nutrition est de 1,6g de protéines par kg de poids corporel par jour pour un athlète en entraînement intensif. Pour un athlète de 75 kg, cela représente 120g de protéines par jour. Ces apports doivent être répartis sur 4 à 5 prises dans la journée, avec une prise prioritaire dans les 30 minutes après l'entraînement (20 à 30g).
Faut-il faire un carboloading avant un Ironman ?
Oui, la surcharge glucidique est recommandée avant un Ironman. Elle consiste à augmenter progressivement les glucides à 60-65% des calories totales sur les 2 à 3 jours précédant la course, tout en réduisant le volume d'entraînement. L'objectif est de maximiser les réserves de glycogène musculaire avant le départ. Sans réduction simultanée de l'entraînement, le carboloading ne fonctionne pas.
Quoi manger le matin d'un Ironman ?
Le repas du matin avant un Ironman doit être pris 3 à 4 heures avant le départ. Il doit être riche en glucides facilement digestibles (riz blanc, flocons d'avoine, pain blanc, banane), pauvre en fibres, en graisses et en protéines. Exemples : riz blanc + banane + miel, ou flocons d'avoine + lait végétal + sirop d'agave. Prévoir 150 à 200g de glucides et une bonne hydratation.
Comment éviter les crampes musculaires sur un Ironman ?
Les crampes sur un Ironman sont souvent causées par une déplétion en sodium et en magnésium liée à la transpiration. Pour les prévenir : adopter une stratégie d'hydratation avec électrolytes tout au long du vélo et du run, éviter de partir trop fort sur le vélo, et ne pas boire uniquement de l'eau pure en grande quantité (risque d'hyponatrémie). Une bonne stratégie de sodium (400 à 800mg/h) est non-négociable.
Peut-on utiliser du cola sur un Ironman ?
Oui, le cola est un classique utilisé en fin d'Ironman, particulièrement sur les derniers kilomètres du marathon. Il apporte des glucides rapides, de la caféine (stimulant mental et physique) et du sodium. Il est conseillé de le réserver à la deuxième moitié du cap et de ne pas en abuser pour éviter les troubles digestifs.
Quelle hydratation pendant un Ironman 140.6 ?
L'hydratation recommandée sur un Ironman 140.6 est de 500 à 750ml de liquide par heure par temps tempéré, et jusqu'à 1 litre/heure par forte chaleur. Ces liquides doivent contenir des électrolytes (sodium, potassium). La couleur des urines est un bon indicateur : urine jaune clair = bonne hydratation. Éviter de boire au-delà de la soif si la boisson est sans électrolytes (risque d'hyponatrémie).
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Maxime Sauvet — Coach triathlon certifié, finisher Ironman World Championship. Coaching Ironman à distance partout en France et en présentiel sur la métropole lilloise. 83+ finishers accompagnés sur 70.3 et 140.6.
